Kenizé
MOURAD: La belle princesse ottomane de Paris
Journaliste, fille d'une princesse de l'empire ottoman et
d'un rajah indien, elle a touché le jackpot il y a onze ans avec son premier roman, «De
la part de la princesse morte». Elle est en passe de récidiver: le second, «Le jardin
de Badalpour», est déjà classé dans les meilleures ventes.
Réponses recueillies par Françoise Boulianne
www.webdo.ch

Quelle est la part d'autobiographie dans De la part
de la princesse morte?
Les grands faits concernant la fin de l'empire ottoman et la vie de ma mère sont exacts.
Mais, comme elle est morte lorsque j'étais bébé, j'ai dû imaginer beaucoup de choses.
Idem pour Le jardin de Badalpour.
Vous avez pu vivre pendant onze ans des recettes de votre premier livre?
J'ai un peu honte de l'avouer, mais oui, sans faire de folies. C'est encore possible
aujourd'hui et cela éveille beaucoup de jalousie!
Pourquoi, en tant que journaliste, avez-vous eu besoin d'écrire ces deux romans?
Au cours de mes reportages pour Le Nouvel Observateur, je me suis rendue compte que la
chose importante, c'était la psychologie des gens et non pas les grands discours
politiques superficiels. Je n'avais pas la place d'en rendre compte dans mes articles,
alors j'ai eu envie d'écrire des sagas.
Ce sont les situations de crise qui vous intéressent?
Oui, absolument. Peut-être parce que ma vie a été une suite de crises. Le courage, ce
n'est pas d'être correspondante de guerre, mais de bien vivre la vie quotidienne. De
rester vivant dans une société qui est un peu morte.
Quels sont les messages que vous avez à coeur de transmettre?
Comme moi, les lecteurs ont des problèmes de déracinement. Ils ne savent plus à quelles
valeurs s'accrocher. J'ai donc voulu montrer un personnage qui a tout perdu et se bat pour
retrouver son identité.
Vous êtes musulmane?
Oui. Peut-être que si, aujourd'hui, on crachait sur le christianisme, je me dirais
chrétienne. C'est une appartenance plus qu'une religion, pour moi. Une identité. La
religion musulmane est ouverte et tolérante. Les gens qui, en ce moment, se prétendent
les vrais musulmans n'y connaissent rien et disent des choses aberrantes.
Avez-vous déjà pleuré en écrivant vos livres?
Oui, beaucoup. C'est pour cela que je voudrais que les autres pleurent aussi. Je ne trouve
pas normal d'être la seule à pleurer!
Quelle impression cela vous fait-il de voir votre livre en librairie et de penser que
des millions de lecteurs l'ont lu?
Cela me fait plaisir. Mais j'espère que les gens ne vont pas le lire comme une histoire
distrayante seulement.
Retravaillez-vous beaucoup le premier jet de vos manuscrits?
Beaucoup. Le premier jet est affreux. Je me suis rassurée en apprenant que c'est le cas
de la plupart des grands écrivains et en voyant travailler des amis dont je croyais à
tort qu'ils écrivaient avec une facilité extraordinaire.
Auriez-vous aimé vivre à l'époque des grands fastes de l'empire ottoman?
En tant que femme, je n'aurais eu aucune liberté. En tant qu'homme, j'aurais été le
sultan, j'aurais pu faire de la politique et j'aurais adoré cela!
Quel est votre rapport avec l'argent?
Très amusant. Je n'avais jamais gagné davantage qu'un salaire normal. Tout à coup, avec
le succès de mon livre, j'ai touché le jackpot. Je me suis sentie terriblement coupable,
par rapport à mon éducation et à mes anciennes valeurs gauchistes. Alors, j'en ai
donné et j'en ai perdu beaucoup avant d'apprendre à m'en servir, simplement.
Réponses recueillies par Françoise Boulianne
www.webdo.ch
Quelques livres:
De la part de la princesse morte de Kenizé Mourad. Poche (1 mai 1989)
Le Jardin de Badalpour de Mourad Kenize. Poche (1 décembre 1999)

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