PORTRAIT DE TURCOPHILES

Xavier et Marion

 

Merhaba BBT okurlarý,

    

Notre intérêt pour la Turquie a commencé très prosaïquement, avant même d’y avoir mis les pieds, par la fréquentation de restaurants turcs en région parisienne et à Reims. Outre les plats savoureux et simples, j’y découvrais la délicieuse boisson lactée « Ayran », une aubaine pour moi qui n’aime ni le café, ni le thé, ni l’alcool et fort peu les sodas.

 

En outre, toute l’histoire antique dont je suis passionné m’y poussait : Troie, Ephèse, l’empire romain d’orient, Pergame dont j’avais vu les superbes bas-reliefs à Berlin. Je n’eus plus qu’à convaincre mon épouse et nous fîmes un circuit Turquie de l’ouest de 15 jours en 2004. Quelle révélation !

Les coupoles d’Istanbul grouillante, le Bosphore qui laisse apercevoir des ailerons de dauphins, la Cappadoce où l’on rêverait de devenir ermite dans une église troglodyte au fond d’une vallée taillée par la nature en meringue géologique rose-crème, les sites antiques où tortues et gros lézards cavalent entre les mausolées, les tapis, faïences, miniatures, le magnifique chien de berger anatolien, Antalya, Pamukkale, …que dire aussi de cet après-midi où nous nous échappâmes du circuit du voyagiste afin de découvrir le sarcophage d’Alexandre le Grand au musée archéologique d’Istanbul, digne du Louvre et pas assez connu, et la révélation musicale que fut pour nous la fanfare Mehter du musée de l’armée (Askeri müzesi). Les janissaires de l’empire ottoman, leurs chants et rythmes entraînants, avec les somptueux costumes et moustaches identiques aux siècles de conquête, nous transportèrent. On était enfin dans une des âmes du pays, loin du cliché des spectacles de danseuses du ventre que les voyagistes fourguent immanquablement au touriste moyen.

        Durant notre circuit, la Turquie se préparait à célébrer Atatürk son grand leader, dont l’action admirable est si bien décrite dans la captivante biographie « Mustapha Kemal » que lui a consacré Jacques Benoist-Méchin . Partout une jeunesse nombreuse, animée mais disciplinée et en uniforme était mobilisée pour l’occasion. Une étonnante variété de types physiques s’y retrouvait : on aurait cru tantôt de petits espagnols, tantôt de petits moyens-orientaux, des blondinets et même des asiates. Un pays en plein boom économique, d’immenses immeubles poussant comme des champignons, des murs sans tags, des chauffe-eaux solaires jusque dans les campagnes les plus reculées…

        Partis légers, nous revînmes avec 15 kg de plus qu’à l’aller en souvenirs variés et livres. Bien sûr, on ne peut pas dire que l’on connaisse en profondeur la Turquie et ses habitants, faute de contacts personnels, circuit de voyagiste oblige. Nous n’idéalisons pas tout, avec nos différences, le poids de l’histoire tumultueuse, les questions arméniennes, kurdes et chypriotes, le débat sur l’entrée ou non de la Turquie en Union européenne etc. Mais il y a tant à découvrir dans ce beau et contrasté pays où nous avons hâte de retourner dans un premier temps à Istanbul si l’occasion s’en présente.

    En attendant, habitant non loin de Rochefort, nous sommes allés nous replonger dans l’atmosphère turque en visitant l’exubérante maison de Pierre Loti. Nous écoutons de temps à autre Tarkan et la fanfare Mehter tout en admirant nos faïences d’Iznik et en méditant à la fabrication artisanale d’Ayran… grâce à l’œil de la chance bleuté, nous y parviendrons certainement et nous reverrons Ste Sophie…

Xavier et Marion
4 juillet 2006