PORTRAIT DE TURCOPHILE

Sylvie

" Turquie, je t'ai sentie, ton histoire, ton parfum, tes paysages, tes habitants se sont incrustés, ils ont imprégné mon âme, je veux passer des millions de secondes dans ton sein, tu es mon pays de cœur, et ma France, patrie de mes racines."

Bonjour à tous,

A 21 ans, l'un de mes premiers amours sérieux fut un jeune avocat turc de 27 ans en exil parce que ses opinions politiques étaient différentes du pouvoir en place. Pendant 2 ans nous avons beaucoup appris ensemble, je lui ai expliqué ma France, les subtilités de sa langue, de sa culture et lui de sa chère Turquie. Un matin, il a disparu en me laissant une lettre d'amour que je connais par cœur, il avait peur de ne pas pouvoir nous assumer un avenir digne de nous deux, il avait peur de la réaction de sa famille et surtout il devait de nouveau fuir, ça je le craignais, je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles.

Le lendemain, la haut on m'envoyait mon futur mari, c'est vrai, ça ne se décrit pas, ça se vit, je crois au destin, je suis fataliste. Après 17 ans de vie commune, nous avons eu avec beaucoup de mal une adorable fille et puis nos chemins se sont séparés.

Pour les 9 ans de ma fille et mes 41 ans, j'ai voulu nous offrir un beau voyage. Le séjour organisé pour la Grèce étant complet on m'a proposé la Turquie. Aussitôt, j'ai pensé à mon amour de jeunesse, nous sommes parties pour un circuit d'une semaine à travers ce pays. Savez-vous ce qu'est un coup de foudre ? Je souhaite à tous que cela vous arrive un jour.

Dès l'instant où nos regards ce sont croisés, deux aimants, de beaux yeux gris bleus, deux lacs, il m'a envoûté. C'est un guide turc francophone, mon premier ami m'avait décrit son pays, le second me l'a montré avec de nombreux aller et retours France Turquie, je l'ai traversé avec lui dans tous les sens (sauf l'Est) près de 14000 kilomètres en 2 ans sur des routes défoncées aux paysages grandioses, je respirais la liberté en compagnie de ma fille, il adore les enfants comme tous les Turcs, il était fier de me faire découvrir la Turquie profonde. Lui aussi est venu à Paris, j'ai pu lui avoir des visas : pas évident. Il a plus apprécié les châteaux de la Loire que la Tour Eiffel !

On envisageait notre avenir, j'étais prête à vendre le magasin et partir pour Istanbul. Il voulait impérativement que ma fille étudie à Galatasaray, étant un ancien élève de cette école. Lors de son …ème séjour en France je lui présentais mes parents qui lui ont ouvert les bras, ma mère ne voulait que mon bonheur, même si elle avait du mal à admettre notre départ si loin et la différence de culture me disait-elle, bref du côté français c'était ok ! Il ne m'avait toujours pas présenté à la sienne… pour l'occasion j'avais appris plein de formules de politesses, conseils et recommandations, j'en passe…Waterloo, du côté turc je ne comprenais rien de chez rien, sauf que ça bardait avec son père. Mon ami est divorcé d'un premier mariage avec une Française, mariage qui a duré 6 ans, à cette époque il avait 24 ans, aujourd'hui 47ans !

Sa sœur cadette a été d'une gentillesse qui m'a beaucoup touché elle est devenue mon alliée. La "discussion" a durée 4 mois, il a suivi les conseils, je dirai plutôt les ordres et le chantage paternel, il m'a dit au revoir. Je l'ai encore appelé il y a 15 jours en lui demandant des nouvelles de son père de 76 ans …Mon esprit européen n'a rien compris, je n'ai jamais eu à subir l'emprise de ma famille !

J'aime mieux être une immigrée française en Turquie que l'inverse, les Français pour beaucoup se croient le nombril du monde et la monté de l'extrême droite m'a fait peur lors des dernières élections, je déteste le racisme, j'ai honte parfois de certaines réflexions de mes clients, j'ai 2 salariées étrangères des amours avec moi. J'approuve la future loi sur la laïcité.

Petite commerçante de la région parisienne, en novembre j'ai décoré ma vitrine avec plein yeux bleus en verre, j'avais mi une lune avec des étoiles, je me suis fait plaisir, les Français ne pouvaient pas comprendre, et bien certains m'ont dit "vous êtes allée en Turquie ". Moi qui croyait que mon voisin le cordonnier était portugais quand il est rentré dans mon magasin et m'a dit "Merhaba", et celui de la retouche 250m plus loin, ils m'ont présenté celui qui tient le "traiteur grec", on s'envoie mutuellement des clients et de temps en temps on se boit un çay ensemble, pour parler commerce et du pays cher à nos cœurs. J'apprends depuis un an la langue de Nasreddin Hoca et j'ai maintenant 3 professeurs attentifs. Je suis admirative que de jeunes femmes turques soient devenues enseignantes de français et tous ces jeunes diplômés, continuez vous êtes une force pour la France.

J'ai travaillé dur pour avoir mon entreprise et un peu d'argent, j'ai voulu investir en Turquie mais c'est très compliqué pour un étranger cependant je crois en ce pays économiquement, j'attends son adhésion, ce sera plus facile avec la CEE. N'oubliez pas que les Français ont été les plus grands investisseurs ces 20 dernières années, les gouvernements turcs ont voulu être trop protectionnistes à mon avis et certaines lois commerciales datent de 40 ans…

Je souhaite m'acheter une maison à Bodrum pour mes vieux jours et avant pour les vacances, je suis une femme de la mer et là-bas je suis comblée. J'aime la musique française du XVII ème au XIX ème siècle, cette même période de l'histoire de France surtout la Révolution de 1789. J'aime m'allonger et rêver le dimanche après midi avec ma fille au bout du grand canal du château de Versailles, tout comme prendre le vapur de Kadikoy à Besiktas c'est une sensation de bien-être impossible à décrire. Je suis fier d'elle, du haut de ses 12 ans bientôt, elle a déjà baladé dans Istanbul des compatriotes, enfin dans les axes principaux !

J'aime la chanteuse Sezen Aksu. Dans ma maison tout nous rappelle " le köy ", la musique, nos tapis j'adore les Yahyalis provenant du centre de l'Anatolie et les Milas, je pourrai mettre une fortune pour ces "joyaux", la vaisselle, l'artisanat que j'ai acheté un peu partout là-bas. Je suis gourmande et j'apprécie cette cuisine, après la Française je reste chauvine là-dessus. Je suis cinéphile, une"dévoreuse" de livres historiques ou biographiques et une passionné d'équitation.

Turquie, je t'ai sentie, ton histoire, ton parfum, tes paysages, tes habitants se sont incrustés, ils ont imprégné mon âme, je veux passer des millions de secondes dans ton sein, tu es mon pays de cœur, et ma France, patrie de mes racines.

Au plaisir de vous retrouver sur le forum.

Sylvie
le 05 mars 2004