L'ARGUMENTAIRE DE TËTE DE TURC

 

Document publié avec l'aimable autorisation de l'équipe de Tête de Turc (http:www.tetedeturc.com)

 

Tête de Turc
http://www.tetedeturc.com
Le site francophone des amis de la Turquie

 

 

La Turquie est-elle européenne ?

A-t-elle vocation à entrer dans l’Union européenne ?

 

Telles sont les questions qui se posent depuis quelques semaines dans les grands médias à l’approche du sommet européen de Copenhague qui, les 12 et 13 décembre prochains, devra statuer sur la fixation d’une date à l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie. Cette échéance et la récente victoire électorale du Parti de la justice et du développement (AKP, musulman-démocrate) ont relancé le débat autour de l’identité européenne et l’appartenance de la Turquie à l’Europe. Malheureusement, force est de constater la pauvreté du débat en cours, qui offre, de plus, l’opportunité à différents lobbies, à commencer par le très influent lobby arménien, de mener leur propagande hostile à la Turquie.

Nous vous invitons aujourd’hui à investir les différents forums de discussion sur internet, notamment ceux des grands médias français (Le Monde, Libération, etc…) afin de vous exprimer sur ces questions, déterminantes pour l’avenir de la Turquie. Pour vous aider dans cette démarche, nous mettons à votre disposition un argumentaire détaillé qui vous permettra de répondre aux principales objections faites à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne (UE).

L’heure est à la mobilisation ! Tous ensemble, ne subissons plus, agissons !

 

Objection 1 : la majeure partie du territoire turc n’est géographiquement pas en Europe…

Ø Si la géographie est un obstacle à l’entrée dans l’Union européenne, on est alors en droit de se demander si le Danemark, pays dont le territoire est situé à 99% en Amérique, est un pays européen. Il s’avère en effet que l’immense terre du Groenland est propriété du Royaume danois. Or, lorsque le Danemark présenta sa candidature à la CEE, la Commission européenne fit savoir que le pourcentage de territoire situé sur le continent européen n’était pas un critère pour l’adhésion.

Ø Chypre est une île asiatique, et sa candidature ne fait l’objet d’aucune contestation, d’autant qu’une partie de sa population est turque et musulmane.

Ø La France, lors de la signature du Traité de Rome, l’acte fondateur de la construction européenne, en 1957, était un pays essentiellement africain du fait de ses départements algériens.

Ø Grâce aux territoires français d’Outre-mer, l’Union européenne a des frontières avec… le Brésil. A rappeler à ceux qui s’offusquent de voir l’UE voisiner avec le Caucase, l’Iran, l’Irak, ou la Syrie, en cas d’adhésion de la Turquie.

 

Objection 2 : l’Islam constitue un obstacle culturel…

L’islam est d’ores et déjà une réalité concrète et objective au sein de l’Union européenne. Ainsi :

Ø L’islam est la seconde religion, en nombre de fidèles, dans plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne (nombreux sont les Européens de souche convertis à l’islam : cette réalité a tendance à être occultée).

Ø On estime à 20 millions le nombre de Musulmans vivant au sein de l’UE.

Ø La Grèce, membre de l’UE, compte une minorité turco-musulmane de 300 000 personnes, de même que  plusieurs pays candidats à l’adhésion : la Bulgarie (un million de Turcs), Chypre (200 000 Turcs), Roumanie (200 000 Turcs).

Ø Outre la Turquie, d’autres pays européens en majorité musulmans ont un jour vocation à entrer dans l’UE : la Bosnie-Herzégovine et l’Albanie. D’autres pays, qui poseront vraisemblablement un jour leur candidature, comptent d’importantes minorités musulmanes : la Serbie-Monténégro (Turcs, Albanais, Bosniaques…) et la Macédoine (Turcs, Albanais…).

Ø La Turquie est le seul pays musulman au monde à avoir inscrit la laïcité dans sa Constitution, et la société turque est très largement sécularisée.

Ø La Turquie offre la preuve que l’islam est soluble dans la République et la démocratie, et parfaitement compatible avec la modernité et la laïcité. Elle constitue un modèle de développement pour l’ensemble du monde musulman, une analyse partagée par nombre de commentateurs et d’observateurs européens. L’expérience turque, issue du mouvement de réformes initiée par Mustafa Kemal Atataürk, est à cet égard unique.

Ø Les droits des femmes sont garantis par la Constitution. Le Code civil turc, emprunté à celui de la Suisse, et remplaçant la Charia (Loi coranique) en 1926, a reconnu très tôt l'égalité des femmes et des hommes. Faut-il le rappeler, les femmes turques ont obtenu le droit de vote et d’éligibilité en 1934, soit dix ans avant les Françaises.

Ø Dire non à la Turquie pour des raisons religieuses, c'est rejeter ces millions de Musulmans, refuser le multiculturalisme, le droit à la différence, et la liberté de choisir et de pratiquer librement sa foi. C’est en outre une atteinte au principe de laïcité, cher aux Etats européens.

Ø Rejeter la Turquie du fait de son identité musulmane serait enfin un signal négatif adressé au monde islamique, susceptible de rallumer des ressentiments à l'égard d'une Europe jugée arrogante, méprisante, et discriminante.

Ø La construction européenne relève-t-elle d'un projet de "civilisation" (chrétienne) dans laquelle les musulmans n'auraient pas leur place ? La notion de « club chrétien » est tout simplement antinomique avec une conception citoyenne de l'Europe.

 

Objection 3 : l’histoire de la Turquie n’est pas européenne…

Ø Les relations entre les Turcs et l'Europe débutent bien avant la naissance de l'Empire Ottoman au 13ème siècle. La présence de nombreuses tribus turques est attestée dans l'est et le sud-est de l'Europe dès le 5ème siècle de l'ère chrétienne. Celles-ci ont alimenté dès cette époque le melting-pot ethnico-culturel européen. Aussi, selon les ethnologues, les Turcs ont des liens de "cousinage" avec les Bulgares et les Hongrois.

Ø Bien avant l'arrivée massive des Slaves, des Turcs ont habité les Balkans et les terres au nord de la mer Noire. Parmi eux, les Bulgares, un peuple turc dont le nom, gérondif en ­ar du turc bulga, "mêler", signifie "les Mélangés" (les Bulgares seraient à l’origine un amalgame de plusieurs clans turcs). Ces derniers ont été au cours des âges progressivement slavisés, sous l'influence notamment de la religion chrétienne orthodoxe qu'ils ont très tôt embrassée.

Ø Les Hongrois appartiennent à une famille ethnico-linguistique proche de celle des Turcs. Ils ont avec ces derniers une parenté culturelle évidente. Dès les 5ème et 6ème siècles, de nombreuses tribus turques ayant pris part aux invasions des Huns (fédération de peuples des steppes à majorité turque), s'installent dans les régions de l'actuelle Hongrie pour y faire souche et plus tard se mêler aux Magyars, ou Hongrois, qui formeront au 10ème siècle la dernière vague des grandes invasions occidentale. Pour cette raison, la langue hongroise présente aujourd'hui de nombreuses similitudes avec le turc. Anecdote: Attila, qui était turc, est aujourd'hui un prénom très répandu en Hongrie du fait de ce brassage culturel.

Ø Depuis le premier millénaire avant l'ère chrétienne, l'histoire des Turcs s'apparente à une longue marche d'Est en Ouest, couvrant des distances et des étendues considérables. Des forêts sibériennes aux steppes d'Asie centrale, de l'actuel Afghanistan au nord de l'Inde, de la Perse à la Mésopotamie, de l'Anatolie aux Balkans, les Turcs n'ont eu de cesse de marcher vers le Couchant, créant sur leur passage de nombreux empires et Etats, avant de s'installer définitivement en terre anatolienne et dans le sud-est de l'Europe. Au regard de cette épopée deux fois millénaire, l'aboutissement naturel et logique de cette marche ne peut être que l'Europe.

Ø L'empire ottoman a longtemps été une puissance européenne avant d'être asiatique. Les Ottomans ont eu très tôt des relations étroites avec les Byzantins, devenant rapidement les arbitres des rivalités entre prétendants au trône grec. Cette proximité était telle qu'Orhan, le fils d'Osman, le fondateur de l'Empire turc, épousa Theodora, la fille du basileus Jean VI Cantacuzène, au 14ème siècle. Rappelons pour l'anecdote cette fameuse phrase prononcée par le megaduc Léon Notaras peu avant le siège de Constantinople par les armées du sultan Mehmed II le Conquérant (1453): "Plutôt le turban des Turcs que la mitre des Latins", qui montre que les Turcs n'ont pas toujours joué le rôle de "repoussoir" des Européens "chrétiens", rôle auquel on les confine trop souvent et à tort.

Ø L'empire ottoman a été la première puissance d’Europe durant des siècles. Les Ottomans ont fait partie du concert des nations européennes, et ont joué un rôle géopolitique et culturel important. Ils ont notamment marqué de leur empreinte nombre de régions et de pays du sud-est de l'Europe. La bienveillance et la tolérance des Turcs ont ainsi permis la survie à travers les siècles des identités ethniques dans les Balkans.

Ø Grâce à cette histoire européenne, la Turquie entretient aujourd’hui des liens culturels, ethniques, linguistiques, et religieux, avec les Albanais, les Bosniaques, les Turcs de Bulgarie, Turcs et Albanais du Kosovo, Turcs de Grèce et de Chypre, Turcs et Albanais de Macédoine, Turcs de Roumanie, Pomaks et autres Tziganes musulmans, ou encore avec les Gagaouzes, Turcs chrétiens orthodoxes de Moldavie.

Ø Enfin, la révolution politique et culturelle initiée par le fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, est une marche en avant vers la modernité occidentale. L'Europe était inscrite dans la matrice idéologique, en grande partie inspirée de la philosophie des Lumières, qui a donné naissance à la République turque (1923). Toutes les réformes mises en oeuvre par les Kémalistes allaient dans le même sens, celui de l'occidentalisation : abandon de l'alphabet arabo-persan pour la graphie latine, abolition du Sultanat et du Califat, laïcisation, interdiction du voile islamique pour les femmes, adoption de codes juridiques européens, etc… Cette démarche, volontaire, est celle de toute une nation pour qui l'intégration à l'UE représente l'accomplissement du projet révolutionnaire kémaliste.

Ø Pour rafraîchir la mémoire mythologique des détracteurs de la Turquie, rappelons qu’Europe, fille du roi phénicien Agénor, est née en Anatolie. Selon la mythologie grecque, les racines de l’Europe se trouvent donc en terre turque.

 

Objection 4 : si l’on dit oui à la Turquie, pourquoi ne pas dire également oui au Maroc, la Russie, l’Ukraine ou Israël ?

Cet argument est vraisemblablement le plus fallacieux dans le discours des détracteurs de l’adhésion turque à l’UE, car la situation de la Turquie n’est nullement comparable à celles de ces pays. Voici pourquoi :

 Ø La Turquie est membre fondateur du Conseil de l'Europe et de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE).

Ø La Turquie est membre de l'OTAN, de l'Union de l'Europe Occidentale (UEO, le bras armé de l'UE), et devrait prendre part à la future armée européenne en constitution.

Ø Pendant la guerre froide, la Turquie a été en première ligne pour défendre la sécurité de l'Europe contre le Bloc de l'Est. Seul pays de l'Alliance Atlantique à avoir une frontière avec l'URSS, elle devait empêcher, en cas de conflit, l'avancée des troupes soviétiques et la pénétration en Méditerranée de la flotte russe de la Mer Noire. Il y a déjà là, de ce simple fait, une dette morale de l'Europe de l'ouest à l'égard de la Turquie.

Ø La Turquie a payé par le sang son appartenance au camp occidental en envoyant une brigade de son armée en Corée combattre aux côtés des Européens et des Américains.

Ø Les Accords d'Ankara de 1963 signés par la Turquie et la Communauté européenne, prévoient, à terme, que la Turquie adhère à l'UE : les Quinze sont liés par ces engagements, qu'on le veuille ou non. En décembre 1999, au sommet d'Helsinki, l'Union européenne a officiellement reconnu à la Turquie le statut de candidat à l'adhésion.

 

Objection 5 : l’UE n’a aucun intérêt à intégrer la Turquie…

L’intégration de la Turquie est au contraire un enjeu stratégique de première importance pour l’Union européenne.

Ø En intégrant la Turquie, les Quinze pourront enfin jouer un rôle à la mesure de leur poids économique et démographique au Moyen-Orient, en Asie centrale, et dans le Caucase.

Ø En accueillant la Turquie dans son giron, l'UE placera sous son influence les voies d'évacuation des hydrocarbures de la mer Caspienne, du brut irakien, des gaz russe et iranien... qui vont transiter ou transitent déjà par le territoire turc. La Turquie est amenée à devenir un carrefour énergétique d’importance mondiale.

Ø Une Turquie dans l'Europe, c'est mettre au service des Quinze le "Château d'eau" du Moyen-Orient : la Turquie détient en effet les plus importantes ressources hydrauliques de la région. A l'avenir, l'or bleu, au même titre que l'or noir aujourd'hui, est amené à jouer un rôle économique et politique essentiel. Les réserves en eaux de la Turquie sont à ce titre une carte stratégique maîtresse.

 

 

Tête de Turc
http://www.tetedeturc.com
Le site francophone des amis de la Turquie