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Lenfant turc à lécole |
Conférence du 21 mai
1997 par MadameGaye PETEK SALOM,
responsable de lassociation ELELE maison des travailleurs
de Turquie.
20, rue de la Pierre
Levée
75011 Paris (FRANCE)
Tél. : 01.43.57.76.28
Fax : 01.43.38.01.32
avec le soutien du fonds d'action sociale : FAS
Limmigration turque en France.
Avant de parler de lécole, il me paraît souhaitable de vous donner un aperçu de limmigration turque en France et tenter un constat de lévolution du projet migratoire de cette population.
Dans les années 70, limmigration était économique, et cest à la suite du coup détat militaire, dans les années 80, que sont arrivés les réfugiés politiques.
En France, les immigrés économiques sont les plus nombreux même si, à Paris, le poids des réfugiés est important.
Si le projet de retour rapide était majoritaire pour les immigrés économiques, il devient plus aléatoire pour les réfugiés. La durée du séjour est envisagée comme plus longue mais il ny a pas pour autant une volonté dintégration (les enfants grandissent ici, on rentrera plus tard...).
Avec le regroupement familial, on sinstalle mais avec le souci de conserver son identité, en se donnant les remparts de lorganisation communautaire pour la préserver et " éviter aux enfants de devenir des petits Français ". Ce discours se maintient même pour la deuxième génération née en Turquie mais ayant accompli leur scolarité en France.
Stratégies identitaires :
Des chiffres significatifs : 98% des filles et 92% des garçons se marient avec des conjoints turcs de Turquie (record de toutes les immigrations en France), cest à dire quil y a un apport constant de " sang frais ", et le processus migratoire est sans cesse renouvelé par larrivée des gendres et des brus.
On nest donc pas dans un contexte où le temps fera forcément évoluer lintégration.
Cest dailleurs clairement formulé puisque les hommes jeunes et ayant grandi en France, ne conçoivent pas de mariage intercommunautaire par crainte davoir des enfants qui deviennent de plus en plus français et quà la 3ème génération il ny ait plus de Turcs.
45% des immigrés turcs ont moins de 25 ans et 90%, moins de 50 ans. Il sagit donc davoir une réflexion sur lavenir de cette population jeune plutôt que sur des problèmes de vieillissement et de retraites qui peuvent concerner dautres populations immigrées plus anciennes.
Les jeunes doivent répondre aux projets des parents qui passent par les mariages arrangés, souvent consanguins au point dinquiéter le gouvernement turc qui avait réussi à les faire diminuer en Turquie.
La grande majorité des jeunes entérinent ces projets, contraints ou forcés, mais ils sont, le plus souvent écrasés par ce projet familial. On se trouve dans une configuration de conflits de génération, donc de rupture et de violences familiales.
Les garçons lacceptent plus facilement car leur vie est davantage tournée vers lextérieur et ils jouissent de plus de libertés mais cest beaucoup plus difficile pour les filles qui y perdent leur autonomie et leur émancipation.
Par rapport à ces mariages les filles ont plusieurs réactions :
au contraire de la bru qui vient de Turquie, le gendre ne va pas vivre dans la famille de sa femme, la fille se sépare donc de sa famille et nourrit lespoir que sa " supériorité " sur son mari (connaissance de la langue et de la société française), lui permettra détablir un autre type de relation et il est vrai que ce pari marche souvent.
Les familles ont aussi compris que les filles réagissent plus que les garçons et, alors que les brus sont plus souvent analphabètes ou de niveau déducation primaire, on sefforce de faire venir des gendres avec un certain niveau détudes.
- dautre part, si lorganisation communautaire politico-religieuse est forte comme en Alsace, Lorraine, Rhône-Alpes, le discours de lislam radical est de dire : " Apprenez votre religion, portez un tchador, militez pour le port du tchador et continuez vos études, vous damerez le pion à vos parents par votre culture et votre militantisme religieux ." .
Il reste alors le choix entre un mariage précoce et larrêt des études ou lengagement religieux qui inspire le respect et arrête les mariages arrangés.
Devant ces dilemmes et face à la dureté des familles, les situations de détresse, de fugues, de suicides sont en augmentation et cela concerne les enseignants qui se trouvent souvent démunis.
A lassociation ELELE nous proposons des médiations qui réussissent ou pas mais, dans certains cas, cette médiation pouvant mettre la fille en danger, il peut nous arriver de laider dans son projet de départ.
Bien entendu, il sagit là dune vision réductrice mais à garder à lesprit.
La population est très consciente que linstallation et lintégration en France saccompagnent de tous les moyens communautaires possibles pour conserver les liens identitaires :
- les associations, dont 80% des 400 existant sont des " associations-mosquée ".
- la communication organisée grâce aux quotidiens turcs, à la télé turque (9 chaînes dont 2 islamistes et 97% de foyers équipés de paraboles), les radios turques mais aussi les boutiques, les mosquées, les écoles coraniques, les ELCO (enseignement des langues et cultures dorigine)...
Toute ces stratégies mettent la population dans une attitude de repli, dobservation.
Le système éducatif turc.
Dans le système éducatif turc, lesprit national guide léducation. Le discours de lEtat républicain depuis 1923 est affirmé, dit et redit par les politiques. Il influe intensément sur le système éducatif et léducation familiale.
Ses valeurs sont : la laïcité, constitutionnelle mais complexe, puisquil ny a pas séparation de la religion et de lEtat mais gestion du religieux par lEtat une laïcité qui fait partie intégrante de léducation,
le nationalisme qui, contrairement à lindividualisme français, tend à faire dire à tous les discours que la société doit être dirigée par un centre autoritaire, ce qui signifie que le besoin démancipation de lindividu ne préoccupe pas léducation nationale ni lEtat. Lindividu est un individu social porteur du projet national turc.
La république a remplacé un système fondé sur les " millets ", système qui, sous lempire ottoman rassemble des nations avec différentes religions et ethnies dans un consensus communautaire basé sur les liens religieux dans le cadre du contrat social ottoman. A la chute de lempire ottoman, le consensus religieux a été remplacé par un consensus basé sur le nationalisme et la très forte affirmation dappartenance identitaire au drapeau.
Pour les jeunes Turcs, une enquête faite en Allemagne, montre que, dans leur grande majorité, lidentité turque est représentée par le drapeau et lislam. Il y a exaltation de la subordination de lindividu à ses devoirs de citoyen, devoirs qui passent avant ses droits.
Selon Ziya Gökalp, sociologue kémaliste a posé comme fondement de léducation nationale que " Cest par la socialisation quun individu acquiert son identité et en faisant siennes les règles sociales quil devient libre. La conscience du sujet nest que la conscience de ses rôles dans la société. "
Léducation nationale a donc pour objectifs de conformer lindividu aux valeurs sociales et de lui apprendre sa culture définie par la langue, la religion, la morale et les valeurs.
Cest ainsi que les ELCO (enseignants de langue et culture dorigine) adaptent leur mission par lenseignement de la culture turque représentée par les fêtes nationales, un peu de religion, la diffusion des valeurs morales et des normes.
Mustapha Kémal Atatürk définissait ainsi les principes les plus importants de léducation :
Que tous les citoyens connaissent bien la République, quils laiment et connaissent la séparation entre les pratiques mondiales et les pratiques religieuses en acceptant ces dernières comme des concepts spirituels. Il réaffirmait limportance de la laïcité qui est devenue un laïcisme proche dune nouvelle forme de religion avec, parallèlement, le développement de lanticléricalisme.
Il a supprimé les écoles coraniques mais lenseignement religieux est pris en charge par léducation nationale en extra scolaire.
En 1974,rétablissement des cours de religion (2 heures hebdomadaires en primaire), puis en 1980, extension à lensemble du système éducatif. Sous la houlette des militaires, les représentants de la laïcité kémaliste imposent donc 2 heures de cours de philosophie religieuse même aux non-musulmans, ce qui va être une des raisons du départ des Chaldéens catholiques, quon retrouve notamment en banlieue parisienne.
Après 1980, le discours politique insiste sur les carences éducatives et renforcent les valeurs kémalistes en révisant les programmes scolaires.
A lécole turque on lève le drapeau tous les lundis matins avec un chant qui dit : " je suis turc, je suis droit et travailleur, ma loi est de protéger les plus faibles, de respecter les plus grands, daimer mon pays, ma nation plus que moi-même. Mon but est de faire des efforts pour mélever sans cesse, je voue mon existence à la Turquie, ma patrie, je promets au grand Atatürk qui nous a permis dêtre là, de suivre la voie quil nous a tracée, datteindre le but quil nous a fixé sans jamais faillir Heureux celui qui peut dire : je suis Turc ".
La scolarisation aujourdhui.
durée de la scolarisation en primaire : 5 ans ® 7,5 millions délèves
durée de la scolarisation en secondaire 1° degré collège : 3 ans ® 2,5 millions délèves
durée de la scolarisation en secondaire 2° degré lycée : 3 ans ® 900.000 élèves
écoles professionnelles et techniques ® 1.200.000 élèves
à luniversité ® 1 million détudiants.
Il ny a pas décole maternelle et lécole primaire commence à 6 ans. Il ny a pas dâge pour lobligation scolaire mais un niveau détudes.
Actuellement un grand débat agite la Turquie sur le prolongement de la scolarité à la fin du collège, ce qui serait la fin des écoles coraniques car elles préparent actuellement au baccalauréat ,et souvent mieux que lécole publique, car elles prennent en charge dès le collège. Mais en août 1997, la loi est passée et la scolarisation obligatoire va jusqu'à la fin du collège. Le débat a été houleux et a provoqué les foudres des islamistes, les écoles coraniques étant dépossédées dune grande influence.
Organisation de lécole turque.
Léducation nationale est organisée à peu près comme en France.
Un ministère, un secrétariat dEtat, des directions, des inspecteurs et des surintendants.
Lécole est gratuite, mixte et laïque (foulard interdit sauf dans les universités sous la responsabilité des recteurs).
Les effectifs sont en moyenne de 40 élèves par classe avec une couverture insuffisante dans certaines régions.
Lécole fonctionne 160 jours ouvrables dans les campagnes, 180 dans les villes.
Les congés dété vont du 15 juin au 15 septembre avec, dans lannée des congés courts sauf 15 jours en février et pendant le ramadan.
Le taux de fréquentation scolaire est de 90% en primaire et seulement 54% en collège, chute liée au retrait des filles et aussi parce que 94% des villages ont une école mais pas toujours de collège de proximité.
La nouvelle loi suppose le déploiement des collèges donc une évolution budgétaire importante. Le gouvernement a fait appel à des dons de la population et des entreprises.
Le taux dabsentéisme est très important dans les zones rurales pour des raisons économiques, climatiques, voir politiques, ce qui explique que certains primo-arrivants âgés (12, 13 ans) nont quelquefois quun niveau décole primaire.
Il existe 8 lycées qui enseignent en français dans les grandes villes et qui sont les héritiers des écoles chrétiennes de lempire ottoman plus le lycée " Galatasaray" non chrétien mais créé pour lélite ottomane francophone et qui continue à former lélite turque.
Depuis un voyage de François Mitterand à Istanbul, une université française a vu le jour depuis 3 ans pour combler un manque despace universitaire francophone alors quexistaient déjà des universités anglophones.
La réforme de la fin des années 70 a renforcé lélitisme par la séparation des lycées détat ordinaires, gratuits et sans examen dentrée, des autres lycées " anadolu " payants avec examen dentrée et les lycées mathématiques encore plus élitistes.
Il existe également des écoles professionnelles, des instituts professionnels de jeunes filles, des écoles darts et métiers, lycées industriels, écoles dinfirmières, de sages-femmes, dhôtellerie, tourisme...mais aussi des écoles coraniques et théologiques qui suivent une courbe exponentielle (300.000élèves dans 500 écoles coraniques).
Programmes :
Ecole primaire : 25 heures hebdomadaires réparties en 10h de langue, 5h de maths, 5h dactivités déveil, plus des heures darts graphiques, dEPS, de musique pendant les 3 premières années, tandis que les 2 dernières années létude de la langue passe à 6h mais sajoutent 4h de sciences et 3h détude de société.
Lévaluation se fait par contrôle continu et notation trimestrielle ( de 1 à 5 en primaire, de 1 à 10 en secondaire).
Pas dexamen de fin dannée et possibilité de rattrapage en septembre de matières défaillantes au collège.
Le certificat de fin détudes primaires est décerné au bout des 5 années.
Les enseignants.
Les enseignants sont formé à bac+2 en primaire, bac+4 en secondaire. Cest une profession assez fortement féminisée : 57% des enseignants de primaire, 54% de collège et 67% de lycée sont des femmes.
La langue turque.
La langue turque étant présentée comme constituante de léthnicité turque, il y a eu beaucoup de réformes linguistiques.
Dans les années 30, 35% du vocabulaire seulement était turc alors quil y en a maintenant 85%.
La langue a donc été purifiée par Atatürk de larabe et du persan qui existaient pendant la période ottomane.
Les difficultés dapprentissage du Français sont dordre phonétique, notamment la juxtaposition de consonnes qui nexiste pas en turc.
En turc, il ny a pas darticles, de genre, de pluriels irréguliers, et très peu de pré et de post positions. Il y a aussi une différence considérable dans la syntaxe de la phrase, la construction mentale.
La langue turque est agglutinante, avec une construction suffixale et le verbe toujours à la fin de la phrase.
Relations des familles avec lécole.
Quand un père amène, pour la première fois, son fils à lécole, il dit à linstituteur : " Si sa chair est à toi, ses os sont à moi ", ce qui veut dire : " tu peux faire ce que tu veux, mais linfrastructure mappartient ". Lenfant étant " donné " à linstitution scolaire, le parent turc ne va plus voir lenseignant à moins dêtre convoqué et lenseignant naccepterait pas de recevoir les parents, surtout en zone rurale sans raison sérieuse et grave.
Lobéissance, le contrôle de la propreté et la discipline sont les valeurs importantes de lécole.
Une anecdote significative : à la question posée à un jeune Turc de savoir pourquoi il avait de mauvais résultats en maths en France alors quil était bon en Turquie, lélève a répondu :, moi, si on ne me tape pas ,je napprends pas.
Dans les villages linstituteur est un personnage-clé et, sil y a convocation, les parents la respecte.
En France, quand on dit que les parents turcs ne sintéressent pas à la scolarité de leurs enfants, il faut garder à lesprit que le rapport à lécole nest pas le même et que ça ne montre pas forcément le désintérêt.
Ils attendent une convocation et il faut prévoir des réunions avec convocation et interprète.
En Turquie, il existe des associations école/famille qui regroupent parents et enseignants et que certaines associations-mosquée tentent de mettre en place, sans succès en France.
Relations des parents avec leurs enfants.
La valeur principale de lenfant cest la sécurité pour la vieillesse des parents. On lui demande donc dêtre loyal et de ne jamais abandonner ses parents.
On demande aux enfants une participation matérielle active, les filles ont leur lot de tâches ménagères et les garçons une participation financière pendant toute leur vie.
On ne se sépare donc des enfants quau moment du mariage et encore...
Le lien ombilical avec les parents na rien à voir avec la majorité, notion abstraite. En Turquie on nest majeurs et émancipés quà la mort des parents...
Si cette notion décroît en fonction de lurbanisme et des diplômes, elle est encore très présente chez les Turcs de France.
Dans une étude faite à Istanbul sur les liens entre mère et enfant, on constate que les mères exigent en priorité que les enfants soient gentils avec elles, affectueux et obéissants.
Ce qui les énerve le plus cest lautonomie, lauto revendication et la non obéissance qui est jugée inacceptable.
Une formation de 2 ans a été donnée à un groupe de mères sur la transmission des aptitudes cognitives et la sensibilisation aux désirs des enfants et à leur besoin démancipation.
La confrontation entre le groupe formé et un groupe test non formé a montré les résultats très positifs de cette formation.
Selon des données de lINSEE (Portrait social : Les immigrés en France INSEE, février 1997) en France, 17% des pères turcs et 3% des mères parlent français avec leurs enfants, contre 69% des pères algériens et 52% des mères.
77% des mères et 64% des pères sont sans diplôme et 25% écrivent difficilement une lettre dans leur langue maternelle.
Maîtrise du français : 75% des hommes et 100% des femmes parlent difficilement ou pas du tout le français ce qui est un record.
Pour laide au travail scolaire, les mères passent 6h par mois et les pères 2h.
85% des femmes et 80% des hommes se disent dépassés pour aider leurs enfants mais 77% des parents ont lespoir que leurs enfants auront le baccalauréat.
La dépense moyenne par enfant turc scolarisé est de 742F, ce qui le plus bas de toutes les immigrations (Portugais 2167F, algériens 1700F).
94% des enfants sont inscrits dans un établissement scolaire sans lavoir choisi.
40% ne rencontrent pas denseignant dans lannée dont 26% à cause de difficultés en français, 30% ont vu un enseignant à la suite dune convocation et aucun parent nadhère à une association de parents délèves.
Il y avait en 1994, 50.000 élèves turcs en primaire, 30.000 dans le second degré et 3.000 en SES,SEGPA, EREA soit 13,7%.
Les enfants turcs à lécole en France.
Au niveau du collège, on note une forte masculinité due au retrait des filles pour mariage arrangé ou parce que les parents estiment leur niveau suffisant. Pour les moins de 16 ans la menace de retrait des allocations familiales peut être efficace.
Les retards scolaires sont importants. En Alsace, une étude, qui remonte à quelques années, montre quen 6ème, 84% des Turcs ont un an de retard et 100% en première.
Les difficultés de langue sont souvent liées aux retours intempestifs en Turquie pour un ou deux ans. On y envoie les enfants dans des écoles coraniques pour une meilleure maîtrise de la langue turque et ces ruptures scolaires posent aussi des difficultés à se situer sur le plan identitaire.
Il existe des exemples qui peuvent être dramatiques comme cette jeune fille, originaire dune famille modeste et scolarisée dans un collège de banlieue, que ses parents ont envoyé dans le lycée Galatasaray fréquenté par lélite turque. Après 2 ans dans ce milieu très différent, elle refuse de rentrer en France et, malgré les conseils de lassociation ELELE qui propose de la laisser terminer ses études en Turquie, les parents la rapatrinte de force. Elle sest suicidée.
Dans la famille, on encourage prioritairement les garçons alors que les filles sont plus performantes à condition den avoir lautorisation.
Si les filles vont en terminale, il leur est pratiquement interdit de faire des études supérieures car elles nont pas le droit de prendre le train.
Lors dune réunion de parents dans un collège de Montereau, les parents turcs attaquaient violemment le principal qui, selon eux, orientait leurs enfants dans les filières techniques par racisme. Le principal a répondu que, jusque là, aucune fille de terminale navait eu lautorisation daller à luniversité par le train et que, pour cette raison, elle préférait lorientation en filière technique plus proche.
Cette réponse a eu un effet choc sur les parents et un père a dit : " Madame le principal est en train de nous dire, prenez un miroir et regardez vous dedans ". Le débat a pu ensuite être plus positif.
Fonctionnement des ELCO.
La fréquentation des ELCO est moins importante dans les académies où les Turcs sont les plus nombreux (Strasbourg) et augmente là où ils sont le moins nombreux (Rouen).
Il y a plus de 200 enseignants sous lautorité des attachés à léducation domiciliés dans les consulats avec comme supérieur hiérarchique lambassadeur.
Les enseignants sont non francophones avec donc peu denvie dapprendre le français, ce qui ne facilite pas les contacts avec les enseignants français.
Ils sont assez peu contrôlés. Ce sont portant des interfaces avec les familles très importants au quotidien et des interlocuteurs écoutés excepté par les familles kurdes qui nenvoient pas leurs enfants en ELCO.
La plupart ont un apport culturel très pauvre se limitant souvent au folklore et à des poèmes kémalistes.
Les associations culturelles vont aussi souvent dans le même sens et, par exemple, lors dune manifestation regroupant 400 personnes pour lanniversaire de la mort dAtatürk, on a assisté à des défilés denfants ânonnant des poèmes patriotiques pendant 3 heures, entrecoupés de danses et saynètes rétrogrades et mécaniques.
Les étudiants turcs en France.
Actuellement il y a 1500 étudiants turcs en France, y compris les Turcs non issus de limmigration mais sans compter les étudiants français dorigine turque et fils et filles dimmigrés.
En ce qui concerne les étudiants turcs issus de limmigration, ils sont de plus en plus nombreux à lINALCO à sinscrire en " turcologie " pour réapprendre leur culture. Ils ont souvent honte de leur turc rural et ont une totale méconnaissance de lhistoire de leurs parents qui ne dialoguent pas avec eux et qui exaltent la culture turque mais très appauvrie.
Dans une maison dimmigrés turcs il y a : le portrait de Mustapha Kémal face à une image de la " kaâba " de la Mecque, ce qui doit le faire se retourner dans sa tombe, des fleurs en plastique et un tapis synthétique au lieu des vrais " kilims " et des châles brodés main qui sont restés en Turquie et qui pourrait faire partie du patrimoine à montrer aux enfants nés en France. Pour les familles, ces éléments ne font pas partie de la culture.
Lintégration des enfants turcs.
Pour les parents, la Turquie sest arrêtée le jour de leur départ et leur vision en est très passéiste.
Les enfants sont blessés, complexés avec lenvie den sortir et daller en boîte disco ou entérinent le discours des parents et se trouvent en décalage avec la réalité turque qui a plus évolué au pays quen France. Les familles ne supportent pas de discours critiques sur leur pays et, par exemple, la vision des films dYilmaz Güney que les enseignants sont pourtant souvent tentés de présenter aux familles.
Un exemple significatif est aussi la réaction de parents devant une vidéo qui montre des enfants de 8 à 9 ans qui, devant définir en 5 mots la France et la Turquie, choisissent, pour leur pays, les mots " boue, poussière, accidents, saleté ".
Cest insupportable pour les parents et pourtant cest bien la réalité que vivent les enfants quand ils vont en vacances dans les villages de Turquie sans même passer par les villes et qui ignorent tout de leur patrimoine culturel.
Il est donc nécessaire de les intégrer dans leur vraie culture dorigine pour mieux les intégrer à la culture française et cest un des objectifs de lassociation ELELE qui cherche à travailler pour lintégration de cette population en conjuguant les actions sociales, éducatives et culturelles à linformation.
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