Ok-anim.gif (510 octets) Conseil de lecture: "La Nuit du Sérail"

Conseil de lecture:

Michel de Grèce,  La Nuit du Sérail

 La redécouverte du sérail de Topkapi cet été et plus particulièrement celle du Harem m’ont donné envie de lire des récits ayant pour décor ces lieux au passé si riche. C’est pourquoi, moi qui préfère de loin les nouvelles ou les romans courts, je me suis attelée à la lecture d’un pavé : La Nuit du Sérail de Michel de Grèce.

 Ce récit, reconstitution romanesque de la vie d’Aimée Dubuc de Riverie, Martiniquaise née à la fin du XVIIIème siècle, se présente comme un long flash-back : sous forme de mémoires, la narratrice revient, à la veille de la mort, sur un destin hors du commun.

 Elle raconte ainsi son enfance heureuse en Martinique où une voyante lui prédit qu’elle sera aimée d’un souverain, sa découverte de la France quelques années avant la Révolution, le naufrage dont elle est victime alors qu’elle retourne sur sa terre natale. A partir de ce moment, elle devient esclave puis est offerte en cadeau au sultan Abdul Hamid. Elle n’a alors que quinze ans.

 Au sérail de Topkapi, elle hérite du prénom de Nakshidil. Malgré sa répugnance première à vivre enfermée dans le Harem, elle éprouve de l’affection pour le vieux sultan et, ne se résignant pas à être un simple objet de plaisir, elle en vient à jouer un rôle politique en devenant la conseillère secrète d’Abdul Hamid.

 La mort de ce dernier hisse sur le trône le sultan Selim III, amoureux de Nakshidil et aimé en retour. Cet amour doit rester caché puisque la jeune Française a été favorite du sultan sortant mais le couple vit tout de même pleinement cet idylle et, de nouveau, la narratrice joue un rôle de conseillère auprès du nouveau sultan, l’incitant à adopter des réformes et à abolir certaines coutumes désuètes.

 Le modernisme de Selim ne plaît pas à tout le monde et les conservateurs réussissent à déposer le sultan et à pousser sur le trône son cousin Mustafa IV en 1807. L’héroïne connaît alors quelques mois de disgrâce mais revient rapidement au premier plan après l’assassinat de Mustafa. En effet, c’est alors Mahmud II, fils adoptif de Nakshidil, qui devient sultan et donc la narratrice a le privilège de tenir le rang de Sultane Valide.

Riche en complots, guerres, empoisonnements, meurtres, intrigues amoureuses … ce roman, même s’il présente quelques longueurs, même s’il ne restitue qu’approximativement la prononciation des mots turcs, est une reconstitution intéressante de la vie au Sérail, plus particulièrement au Harem. On découvre comment les femmes qui se faisaient remarquer du sultan pouvaient mener une existence heureuse et contribuer même à la vie publique du pays tandis que les oubliées vivaient recluses, en véritables esclaves.

Le roman transporte également le lecteur dans l’Istanbul de la fin du XVIIIème et du début du XIXème siècle : on découvre le Bosphore, le Grand Bazar, Üsküdar …, on assiste à des incendies de la ville, on rencontre la population bigarrée de la capitale de l’Empire ottoman.

A lire si vous cherchez le dépaysement tout en découvrant l’époque des sultans.

 10.10.2001

 

Annexe :

1)        Hiérarchie des femmes du Harem :

-gedikli : femme de chambre affectée au service personnel du sultan et dont on espère qu’il honorera la couche. 5ème rang parmi ses femmes.

-gözde : femme qui a réussi à attirer l’attention du sultan. 4ème rang.

-ikbal : favorite du sultan dont il honore occasionnellement la couche. 3ème rang.

-haseki : favorite du sultan qui lui a donné un enfant, non encore inclus parmi les princes ou princesses impériaux. 2ème rang.

-Kadin : « épouse » non mariée mais officielle du sultan. 1er rang.

Rappelons que le mot Harem vient du mot arabe « haram » qui signifie « ce qui est défendu par la religion, sacré ».

2)        Extraits du roman :

1er extrait : A son arrivée au Harem, la narratrice est d’abord menée au hammam. Voici son récit de cette expérience :

 « Les baigneuses m’enseignèrent ensuite les divers rites du bain turc dans une confusion de rires, d’appels et d’exclamations. Je fus successivement soumise au bain de vapeur pour nettoyer la peau – je crus étouffer – puis aux jets d’eau froide qui fouettent le corps – je me tordais sous cette douche glacée – puis aux jets d’eau chaude, pour activer la circulation, et enfin au massage à l’huile parfumée – je gémissais sous les coups de battoir des masseuses expérimentées, je croyais qu’elles allaient me rompre les os.

Je dus pourtant reconnaître l’efficacité du traitement. Je sortis du hammam revigorée de corps comme d’esprit, en me faisant cette réflexion saugrenue : après un tel récurage il était impossible qu’il subsistât sur ma peau un seul grain de poussière française. » 

2ème extrait : Au Harem, les femmes vivent dans l’attente d’être remarquées du sultan puis d’avoir l’honneur de partager sa couche. Quelques temps après son arrivée au palais, Nakshidil est appelée par le maître du Sérail :

" Un soir de novembre, l'ordre laconique fut apporté par le Kizlar Aga : il apparut, laissa tomber un mot, un seul, mon nom : Nakshidil. Ce fut une explosion de joie de la part de Vartoui qui convoqua aussitôt les instances féminines du Harem, la Maîtresse des Robes, la Gardienne des bijoux, la Gardienne des Bains et même la Grande Trésorière, sa rivale détestée. Heure après heure, elles se succédèrent autour de ma personne et dirigèrent les opérations qui leur incombaient. "

Sebahat EROL